Olivier CINNA

Olivier Cinna est né en 1972 à Caen. Il a fait ses études primaire et secondaires et obtenu le Baccalauréat, tout en suivant en parallèle les cours de danse classique du Conservatoire et de dessin à l’école des Beaux-Arts de Caen. Durant toute son adolescence il s’intéresse à la bande dessinée et commence ses premières planches. Puis il part à Bruxelles pour suivre les cours de l’institut Saint-Luc, là il fait les premières esquisses de son personnage MR Deeds qu’il améliore au cours des années, jusqu’à cette année 2005 où il termine son premier album « Mr Deeds – le mystère de l’étoile » qui paraît en Juin 2005. La sortie de cet album est très bien accueillie par les critiques qui apprécient son style. Puis le 9 Octobre 2005 il obtient dans le cadre du festival de Bruxelles, le Prix Europe 2005 pour son album, au cours de la première rencontre « Jeunes et BD » organisée par l’Agence pour un Développement durable, et financée par le Programme Jeunesse de la Commission Européenne. Ce prix lui a été remis par Madame Fadila Laanan, Ministre de la Culture de la Communauté Française de Belgique et Monsieur Charles Pique, Ministre Président de la Région Bruxelles Capitale.

Bibliographie sélective

John Bost : Fête des Morts (Futuropolis, 2011)

Dépêché par les autorités françaises et associé au lieutenant Varanat, Serge a pour mission d’épauler les forces de l’ordre cambodgiennes dans la poursuite d’adeptes de tourisme sexuel. Une fois sur le terrain, confronté aux horreurs de ce trafic écœurant, il sort vite de son rôle d’observateur et décide de prendre les choses en main. La traque peut commencer !

Ce one-shot de Stéphane Piatzszek et Olivier Cinna se déroule de nos jours, au Cambodge. Les auteurs ne se concentrent pas vraiment sur cette « Fête des Morts », qui s’y déroule fin septembre / début octobre, mais abordent le thème douloureux du tourisme sexuel en Asie du Sud-Est, un fléau qui frappe les plus démunis toute l’année.

Fête des Morts ne s’attache pas au sort de ces enfants sans défense sous forme de documentaire ou à travers le regard d’une des victimes de cette prostitution infantile, mais sur fond de polar noir, à travers les pérégrinations d’un flic français, chargé de collaborer avec la police cambodgienne dans la traque des pédophiles.

Le récit est véritablement porté par ce personnage massif, au sombre passé et au caractère turbulent. Muté loin de Paris, dans la capitale de ce pays totalement corrompu, Serge éprouve beaucoup de mal à se cantonner à son rôle d’observateur face à ce commerce humain nauséabond qui semble cautionné par les autorités et la bourgeoisie locale. Le lecteur s’attache vite à ce héros impulsif qui laisse de côté la paperasse pour s’attaquer au coeur du problème. En confiant l’enquête à un élément extérieur, venu suppléer la police locale, Stéphane Piatszsek s’autorise une approche plus large du problème, à travers les différentes couches de la société cambodgienne, et exprime le dégoût et l’horreur de ce trafic répugnant par le biais de la psychologie soignée d’un homme intègre et entier, qui frappe là où les coups méritent de tomber.

Si, en abandonnant un policier (Commandant Achab) au profit d’un autre, Stéphane Piatzszek évolue en terrain plus ou moins connu, Olivier Cinna change par contre totalement de registre. La douceur des tons pastels de l’excellent Mr. Deeds cède la place à des aplats de noir, plus adaptés au ton du récit. Ce graphisme en noir et blanc accentue le caractère sombre et désillusionné du scénario, tout en restituant l’atmosphère moite et chaude de l’endroit. Si le travail au niveau de l’expressivité et des attitudes de ce personnage principal à la carcasse imposante est aussi très efficace, il faut également respecter la pudeur de ce graphisme qui ne fait que suggérer l’immontrable et restitue le caractère sexuel de l’endroit sous l’angle d’une relation amoureuse que développe le héros avec une prostituée locale.

Porté par un personnage attachant et un dessin intelligent, ce récit s’attaque à un sujet délicat sur fond de polar sombre.

Ordures Entrée Nord, Entrée Sud (Futuropolis, 2014)

Moudy, Alex et Samir sont des vauriens, des petites frappes, des ordures qui n’ont pas demandé à pourrir dans un recoin de cette société qui ne fait aucun effort pour les intégrer. Les deux premiers travaillent dans un centre de tri de déchets ménagers, tandis que le troisième survit en vendant des cigarettes de contrebande et d’autres substances illicites sous le métro aérien des quartiers parisiens malfamés. Face au regard désapprobateur de ses « frères » du foyer africain, Moudy décide d’aller vivre son homosexualité bien loin de cet endroit où ils vivent entassés à dix par piaule. À la recherche d’argent pour financer les faux-papiers qui lui permettront de s’extirper de la clandestinité, Samir croise la route du jeune black et de son compagnon d’infortune…

Deux ans après La Fête des morts, Stéphane Piatzszeck (Tsunami) et Olivier Cinna (Mr. Deeds) s’associent de nouveau pour un polar social en deux tomes. Tournant le dos au décor exotique de leur précédente collaboration, ils plongent le lecteur dans une banlieue où les combines en tous genres, la criminalité et les flics ripoux sont légion. Dans cette décharge à ciel ouvert, Stéphane Piatzszek dresse le portrait de laissés-pour-compte dont le destin chavire en fin de premier volet. Gardant le gros de l’intrigue pour la conclusion de ce diptyque, il prend donc tout son temps pour mettre son histoire en place et installer une ambiance lente, pesante et pessimiste.

Les nombreuses planches muettes offrent à ce titre des moments de respiration qui démontrent que dans certains quartiers le temps n’évolue pas à la même vitesse qu’ailleurs, qu’il pèse sur le quotidien, comme s’il ne servait à rien de se presser quand le futur ne réserve rien de bon. Et quand il s’accélère, ce n’est jamais bon signe: des gitans armés aux basques, une manif de sans-papiers qui tourne mal… courir, s’enfuir, respirer, puis ralentir et revenir au traintrain journalier, qu’une vanne tente d’alléger, juste un instant… avant de replonger encore un peu plus bas. Olivier Cinna ne s’amuse pas seulement avec le rythme de cette (més)aventure humaine, mais imprègne également une atmosphère peu reluisante tout au long du récit. Un regard noir envers une attitude trop arc-en-ciel, des silences qui en disent parfois très long et un graphisme qui délaisse volontairement les couleurs, de peur d’embellir cet environnement riche en détritus, qu’il enveloppe volontiers d’aplats sombres, telle une ombre qui empêche ses habitants de briller.

À l’inverse des nombreux albums inutiles qui étouffent lentement le neuvième art, celui-ci a clairement sa place ailleurs que dans une poubelle. Malgré un titre qui ne laisse pas présager d’un avenir radieux, cette saga a en effet le mérite de s’intéresser à des jeunes qui ne croiseront probablement jamais notre regard dans la vraie vie, alors qu’ici, c’est l’envie de découvrir la suite de leur destinée qui domine en fin de lecture.

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