Nicolas Dumontheuil

Nicolas Dumontheuil est né en 1967. Il vit à Bordeaux.
En 1993, paraît son premier album, L’Enclave. En 1995, il crée l’événement avec Qui a tué l’idiot ?, qui reçoit le Prix du Festival de Sierre 95, ainsi que l’Alph-Art du Meilleur Album à Angoulême et le Prix René Goscinny.
2001. Première collaboration avec une scénariste, Eliane Angéli pour Le Singe et la sirène (Casterman).
Depuis 2007, avec Big foot, son adaptation libre du Monstre des Hawkline de Richard Brautigan, il publie l’ensemble de ses ouvrages chez Futuropolis.

Texte (c) Futuropolis – Photo © Alain Bujak

Œuvres publiées

Roi des Mapuche (Futuropolis, 2021) - avec Christophe Dabitch

C’est l’histoire tragique d’un peuple, les Indiens Mapuche, dans les années 1860, qui vit sur les terres d’Araucanie et de Patagonie, dont les armées d’Argentine et du Chili veulent s’approprier les territoires. C’est l’histoire d’un homme, Antoine de Tounes, un modeste juriste de Périgueux, qui débarque au Chili animé par une idée fixe : être roi, et qui le deviendra sous le nom d’Orélie-Antoine 1er. Il crééra le royaume indépendant Mapuche pour lutter contre cette colonisation. S’il est cru au Chili, on le moque en France.

Magnil, le grand chef des Mapuche, rencontre dans un rêve un étranger monté sur un cheval blanc. Pour les oracles, le message est clair, il s’agit de Cherbubue, le puissant chef que son peuple attend pour les guider face aux envahisseurs chiliens. Le 17 novembre 1860, Antoine de Lunens, un aventurier français poussé par un même rêve, a tout quitté pour venir au Chili à la rencontre des Indiens. Il est couronné roi des Mapuche par le fils de Magnil, Kilapan, dont le père avait raconté son rêve prémonitoire. Il déclare la fondation du royaume d’Auricanie et de Patagonie et revendique les territoires occupés par les tribus Mapuche que revendiquent aussi le Chili et l’Argentine. Arrêté par les autorités chiliennes, mis en prison, il est jugé fou et expulsé du pays. Huit ans plus tard, il monte une nouvelle expédition pour venir en aide aux Mapuche et récupérer son royaume…

De cette histoire vraie, extraordinaire, Nicolas Dumontheuil et Christophe Dabitch tirent un récit libre, où le vrai et le faux s’entremêlent pour mieux en montrer le caractère tragi-comique.

La longue marche des éléphants (Futuropolis, 2017)

Créé en 2011 par une équipe de spécialistes, ce centre de conservation de l’éléphant oeuvre au Laos depuis plus d’une décennie, autour de programmes sur le bien-être animal, les soins vétérinaires, la reproduction et la formation des cornacs. Les éléphants domestiques du Laos sont traditionnellement utilisés dans l’exploitation forestière et le bardage. Avec seulement deux naissances pour 10 décès, l’éléphant d’Asie, emblème national sacré du Laos, est sérieusement menacée d’extinction. Durant deux mois, Nicolas Dumontheuil, puis Troubs ont accompagné une caravane d’éléphants à travers le Laos. Au travers de deux récits complémentaires, avec humour et bienveillance, ils nous font partager cette expérience inédite.

La forêt des renards pendus (Futuropolis, 2016 )

Rafael Juntunen a peur. S’il avait pu s’échapper avec le butin d’un braquage qui avait mal tourné, son complice de l’époque avait été arrêté. Le temps a passé, ce dernier va sortir de prison et réclamer sa part. Seulement, Rafael ne veut plus partager. Il prend la fuite et se cache au fin fond de la Laponie, dans la forêt des renards pendus. Le gangster de trente ans, célibataire, ne voudra partager son butin avec personne mais il ne pourra pas rester tranquille bien longtemps, rejoint très vite par un ex-major de l’armée alcoolique mis sur la touche, et une Lapone nonagénaire en fuite. Les trois personnages vont résister à tout, aussi bien aux anciens complices de Rafael décidés à récupérer leur part du magot, qu’aux représentants de la « civilisation ». Mais on ne transgresse pas impunément les lois qui règlent la vie en société…

La Colonne (Futuropolis, 2013-2014 )

Un tirailleur noir en vie assis à côté d’un officier blanc mort, et un esprit au masque immaculé qui apparaît, celui de la colonne. Mais de quel monument parle-t-il ? La Vendôme ? Non, c’est l’âme issue de cette armée décimée qui raconte son épopée avant de s’effacer.

Novembre 1898, le capitaine Boulet et le lieutenant Lemoine vivent mal leur retour en métropole et le désintérêt de la population pour les affaires coloniales suite à la crise de Fachoda. Lorsqu’ils ne noient pas leurs souvenirs du pays Mossi dans les bordels de Paris, ils tentent de lever des fonds pour monter une nouvelle expédition. Les deux hommes ont a priori rien de commun. Boulet est le prototype du galonnard à grande gueule, un Tartarin aussi fier, enthousiaste et paillard que son collègue, fils de général, est sobre, froid et raffiné. L’improbable duo n’a en partage que la passion pour la grandeur de la France, et celle-ci passe par le pillage du continent noir. « Le pays qui ne s’emparera pas de ce qui lui revient, sera relégué ». Ils finissent par attirer l’attention du Directeur des Affaires d’Afrique qui leur confie la mission d’atteindre le Tchad, dernière étape de la construction de l’Empire français. Pendant ce temps, au Sénégal, le jeune Souley fait la fierté de sa famille en étant engagé comme soldat chez les blancs, il sera l’un des innombrables membres de la colonne qui va s’enfoncer au cœur des terres, semant pillages et désolation sous ses pas.

Comme à son habitude, Futuropolis présente une édition parfaitement soignée, avec une couverture aussi chamarrée que les uniformes de l’époque, parodie surchargée des cartonnages Hetzel qui, à elle seule, est une invitation à l’aventure. C’est un pittoresque ouvrage qui s’offre aux curieux avec ses couleurs vives et ses trognes qui possèdent tout le charme des gravures du Petit Journal. Boulet, le bien nommé, a une tête de Rastapopoulos alcoolique, le précieux Lemoine ressemble à une caricature de l’aristocratique capitaine Blake. Avec ce dialogue improbable entre un être fantastique et un nègre survivant, Christophe Dabitch et Nicolas Dumontheuil dressent un tableau truculent et sans concession de cette Europe fin de siècle, gangrenée par les thèses racialistes de Gobineau, ivre de puissance et de mépris pour l’altérité. Après l’Asie dans les années 1860, c’est au tour de l’Afrique d’être le gâteau que se disputent les Grandes Puissances. C’est cette course pour la colonisation du continent noir les auteurs ont choisi de mettre en lumière, s’inspirant des exactions de la mission Voulet-Chanoine, l’ultime mission coloniale française au Tchad.

Mi-tragique, mi-comique, alternant entre épique et ridicule, cette aventure peu reluisante a le verbe d’un Alphonse Daudet et la nostalgie d’un Anti-Tintin au Congo.

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