Nicolas DUMONTHEUIL

Nicolas Dumontheuil est né en 1967. Il vit à Bordeaux. En 1993, paraît son premier album, L’Enclave (Dargaud). En 1995, il crée l’événement avec Qui a tué l’idiot ? , qui reçut le Prix du Festival de Sierre 95, ainsi que l’Alph-Art du Meilleur Album à Angoulême et le Prix René Goscinny. 1999 : Malentendu (Casterman). 2001 : Première collaboration avec une scénariste, Éliane Angéli pour Le singe et la sirène, suivi en 2003 par Le singe et la dame blanche (Casterman) 2003/2004 : La femme floue, deux tomes parus (Casterman). 2005 : Le roi cassé (Casterman). En janvier 2007, Nicolas Dumontheuil arrive aux Éditions Futuropolis pour publier sa trilogie Bigfoot, adaptation libre du livre de Richard Brautigan, Le monstre des Hawkline. En 2009 et 2010, sont parus les 2 premiers Tomes du Landais Volant chez le même éditeur. En 2016, chez Futuropolis, l’auteur donne son dernier album en date: « La forêt des renards pendus » d’après Arto Paasilinna.

Œuvres publiées

La longue marche des éléphants (Futuropolis 2017)

 

Créé en 2011 par une équipe de spécialistes, ce centre de conservation de l’éléphant oeuvre au Laos depuis plus d’une décennie, autour de programmes sur le bien-être animal, les soins vétérinaires, la reproduction et la formation des cornacs. Les éléphants domestiques du Laos sont traditionnellement utilisés dans l’exploitation forestière et le bardage. Avec seulement deux naissances pour 10 décès, l’éléphant d’Asie, emblème national sacré du Laos, est sérieusement menacée d’extinction. Durant deux mois, Nicolas Dumontheuil, puis Troubs ont accompagné une caravane d’éléphants à travers le Laos. Au travers de deux récits complémentaires, avec humour et bienveillance, ils nous font partager cette expérience inédite.

La forêt des renards pendus (Futuropolis 2016 )

Rafael Juntunen a peur. S’il avait pu s’échapper avec le butin d’un braquage qui avait mal tourné, son complice de l’époque avait été arrêté. Le temps a passé, ce dernier va sortir de prison et réclamer sa part. Seulement, Rafael ne veut plus partager. Il prend la fuite et se cache au fin fond de la Laponie, dans la forêt des renards pendus. Le gangster de trente ans, célibataire, ne voudra partager son butin avec personne mais il ne pourra pas rester tranquille bien longtemps, rejoint très vite par un ex-major de l’armée alcoolique mis sur la touche, et une Lapone nonagénaire en fuite. Les trois personnages vont résister à tout, aussi bien aux anciens complices de Rafael décidés à récupérer leur part du magot, qu’aux représentants de la « civilisation ». Mais on ne transgresse pas impunément les lois qui règlent la vie en société…

La Colonne Tome 1 Un esprit blanc (Futuropolis 2013 )

Un tirailleur noir en vie assis à côté d’un officier blanc mort, et un esprit au masque immaculé qui apparaît, celui de la colonne. Mais de quel monument parle-t-il ? La Vendôme ? Non, c’est l’âme issue de cette armée décimée qui raconte son épopée avant de s’effacer.

Novembre 1898, le capitaine Boulet et le lieutenant Lemoine vivent mal leur retour en métropole et le désintérêt de la population pour les affaires coloniales suite à la crise de Fachoda. Lorsqu’ils ne noient pas leurs souvenirs du pays Mossi dans les bordels de Paris, ils tentent de lever des fonds pour monter une nouvelle expédition. Les deux hommes ont a priori rien de commun. Boulet est le prototype du galonnard à grande gueule, un Tartarin aussi fier, enthousiaste et paillard que son collègue, fils de général, est sobre, froid et raffiné. L’improbable duo n’a en partage que la passion pour la grandeur de la France, et celle-ci passe par le pillage du continent noir. « Le pays qui ne s’emparera pas de ce qui lui revient, sera relégué ». Ils finissent par attirer l’attention du Directeur des Affaires d’Afrique qui leur confie la mission d’atteindre le Tchad, dernière étape de la construction de l’Empire français. Pendant ce temps, au Sénégal, le jeune Souley fait la fierté de sa famille en étant engagé comme soldat chez les blancs, il sera l’un des innombrables membres de la colonne qui va s’enfoncer au cœur des terres, semant pillages et désolation sous ses pas.

Comme à son habitude, Futuropolis présente une édition parfaitement soignée, avec une couverture aussi chamarrée que les uniformes de l’époque, parodie surchargée des cartonnages Hetzel qui, à elle seule, est une invitation à l’aventure. C’est un pittoresque ouvrage qui s’offre aux curieux avec ses couleurs vives et ses trognes qui possèdent tout le charme des gravures du Petit Journal. Boulet, le bien nommé, a une tête de Rastapopoulos alcoolique, le précieux Lemoine ressemble à une caricature de l’aristocratique capitaine Blake. Avec ce dialogue improbable entre un être fantastique et un nègre survivant, Christophe Dabitch et Nicolas Dumontheuil dressent un tableau truculent et sans concession de cette Europe fin de siècle, gangrenée par les thèses racialistes de Gobineau, ivre de puissance et de mépris pour l’altérité. Après l’Asie dans les années 1860, c’est au tour de l’Afrique d’être le gâteau que se disputent les Grandes Puissances. C’est cette course pour la colonisation du continent noir les auteurs ont choisi de mettre en lumière, s’inspirant des exactions de la mission Voulet-Chanoine, l’ultime mission coloniale française au Tchad.

Mi-tragique, mi-comique, alternant entre épique et ridicule, cette aventure peu reluisante a le verbe d’un Alphonse Daudet et la nostalgie d’un Anti-Tintin au Congo.

La Colonne Tome 2 Exterminez-moi toutes ces brutes (Futuropolis 2014 )

 

« Il n’y a pas de mot. Non, pas de mot. Ou il faudrait en inventer ». Ainsi s’indigne le colonel Klobb, lancé depuis Tombouctou dans une course-poursuite de 2000 kilomètres aux trousses de la colonne infernale menée par Boulet et Lemoine à travers le Niger. Amas de têtes coupées, grappes de pendus aux branches des jujubiers, villages incendiés, pillés, rasés, partout s’affichent les traces des exactions commises par les deux officiers français. Leur piste sanglante croise bientôt celle de Sarraounia, reine mythique mi-amazone mi-sorcière gouvernant le pays Haoussa, qui offrira une farouche résistance aux troupes coloniales. Mais quand le détachement de Klobb rejoint enfin la mission Boulet-Lemoine aux confins du Sahel, ceux-ci sont tellement enferrés dans leur délire meurtrier que le plus impensable des dénouements se produit…

Longtemps occulté par une administration militaire peu encline à admettre ses errements, cet épisode tragique et honteux de la colonisation est aujourd’hui méconnu, et pourtant ô combien emblématique du mépris absolu envers les populations africaines qui prévalait alors. Remettre en lumière ces événements et cet état d’esprit est probablement la principale réussite du diptyque réalisé par Dabitch et Dumontheuil. Au crédit des auteurs, mettons également la grande richesse formelle de la série, dont les couleurs éclatantes, d’une vivacité sans pareille, réalisent l’exploit de conjuguer le réalisme d’un reportage et le symbolisme d’une imagerie d’Épinal. Le trait volontiers caricatural du dessinateur fait merveille pour rendre les expressions des protagonistes comme pour dépeindre les scènes de batailles, déployées en vastes panoramas emplis de bruit et de fureur.

Mais si l’intérêt graphique comme historique est indiscutable, plus questionnable est la qualité du découpage. Sans répéter les malencontreux faux raccords du premier tome, la mise en scène semble parfois bâclée, l’agencement des séquences pas toujours heureux, l’enchaînement des cases maladroit, abrupt… De ce manque de fluidité résulte une impression de flottement, d’ellipses malvenues, cassant le rythme narratif et bridant l’émotion. L’impression aussi qu’il s’en fallait de peu pour réaliser là une œuvre marquante.

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