Francesco Cattani

Francesco Cattani est dessinateur de bandes dessinées et romancier graphique, publié par Sergio Bonelli Editore et Coconino Press/Fandango.

Ses œuvres sont exposées à la Galerie Glénat à Paris et ont souvent paru dans des publications telles que : Quartz, Internazionale, Feltrinelli, Rolling Stone, XL Repubblica.

Il collabore en tant qu’illustrateur et visualiseur avec des sociétés internationales telles que le Forum économique mondial, TEDxCambridge, ainsi qu’avec Filmmaster Events et Balich Worldwide Show pour des événements mondiaux, tels que les Jeux olympiques de Sotchi.

En 2010, son premier roman graphique Barcazza, publié en Italie par Canicola edizioni, a également été traduit et diffusé en France et en Espagne. En 2018, Barcazza est sorti dans une version en couleur.

Luna del Mattino est son dernier roman graphique (2017), publié en Italie et en France, qui lui a valu de nombreux prix, tels que Best Comic Book au Napoli Comicon et Romics 2018 et fait partie de la Sélection Officielle du Festival international de la bande dessinée d’Angoulême 2019.

Texte © http://www.francescocattani.com

Photo © Coconino Press Fandango

Bibliographie sélective

Éditions Atrabile, 2022

On avait pu découvrir Francesco Cattani en 2011 avec Barcazza, son premier livre, déjà chez Atrabile, suivi en 2017 par Lune du matin, un livre remarqué, sélectionné au Festival d’Angoulême, et multiprimé en Italie («Meilleure bande dessinée de l’année» au festival de Rome ainsi qu’à celui de Naples).
Nuit rose regroupe plusieurs histoires courtes et illustrations parues ici ou là, et nous permet de découvrir toute l’étendue du talent inclassable de Francesco Cattani. Nourri aussi bien par Katsuhiro Otomo et Carl Barks qu’Andrea Pazienza, Francesco Cattani semble refuser de s’arrimer artistiquement à une berge ou se rattacher à une chapelle, et joue ainsi une partition qui sans cesse passe d’une émotion à une autre: récits intimistes frontaux à la portée quasi psychanalytique, visions hallucinées peuplées de monstres et démons, moments métaphoriques et ouvertement politiques – le tout réalisé avec les tripes et un sentiment d’urgence qui font de ce recueil un livre qui bouscule, qui remue et interroge. Comme dans un sursaut salvateur et désespéré face à un monde qui se lisse et s’aseptise, Cattani nous balance tout à la figure – contes morbides, fantasmes sexuels, pochades burlesques et malaisantes – avec une énergie vorace et inquiétante qui semble pourtant bien vouloir célébrer la vie – comme s’il fallait parfois se baigner dans les fluides et la fange pour pouvoir en apprécier la beauté, et rappeler ainsi que ce sont les aspérités qui en font toute sa richesse.

Éditions Atrabile, 2018

Un jour de canicule extraordinaire, dans une banlieue italienne. Un décor tristement urbain, fait de ronds-points, d’usines, d’entrepôts géants et de décharges sauvages. On y suit vingt-quatre heures de la vie de Tommy et de son entourage, dans un grand chassé-croisé frénétique, une danse un peu folle pleine d’alcool, d’adrénaline, de soleil, et d’hallucination: un grand frère un peu voyou qui tente désespérément de fourguer ses vieux dvd porno; un serveur chinois qui dissimule dans son bar un bordel clandestin; un professeur qui filme un étudiant travesti; des ouvriers qui menacent de faire grève parce que l’on veut les remplacer par des robots – autant de personnages qui convergent dans un final que l’on devine dramatique. Francesco Cattani décrit dans Lune du matin un monde à la dérive comme pris sur le vif, en plein flagrant délit d’une folie aussi ordinaire que contemporaine. Une œuvre rare, forte, belle, essentielle, qui convoque dans un tour de passe-passe inédit aussi bien Katsuhiro Otomo, Andrea Pazienza que Paul Thomas Anderson (époque Magnolia).

Éditions Atrabile, 2018

De l’eau à perte de vue, un soleil qui brille et qui brûle, une ou deux barques, des rochers, une maison blanche, comme plantée là au milieu de nulle part. Des enfants qui jouent et qui pleurent, des adultes qui parlent et s’observent, tous ensemble pour un moment, un moment qui se voudrait idyllique. L’atmosphère, chauffée à blanc par un soleil implacable et omniprésent, devient vite irrespirable. La tension sourde qui parcourt et nourrit Barcazza de bout en bout, indissociable de l’astre qui la provoque autant qu’il la représente, enfle jusqu’au point de rupture, ce moment étrange où les certitudes se délitent et où les habitudes font place à la violence. Quand les couples qui hier s’entrelaçaient soudainement se déchirent.
Barcazza fait partie de ces œuvres étranges, ces œuvres à l’attrait indicible, où, semble-t-il, rien ne se «passe», mais où, par petites touches, en s’arrêtant sur quelques détails, sur certaines situations, tout est dit, simplement, sans démonstration. Comme dans un film d’Antonioni, le quotidien est vu ici par un prisme déformant, mais si peu, si délicatement, qu’il en émane un sentiment d’étrangeté proprement inexplicable.
Et puis il y a quelque chose de proprement enivrant dans le trait fin et charmeur de Francesco Cattani, un trait habile que l’on serait prêt à suivre n’importe où. Barcazza est son premier livre.

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