ISABELLE MERLET : LA COULEUR COMME LANGAGE

Dire de la couleur de Bande Dessinée qu’elle est un art méconnu est un doux euphémisme !

En juin 2020, sous la plume de Stéphane Jarno, Télérama consacrait trois pages au métier de coloriste. Avant cela, en 1984, Les Cahiers de la Bande Dessinée avaient publié une longue enquête signée Sylvain Bouyer. Entre les deux : trente-cinq années d’une singulière indifférence.

Qu’il s’agisse d’un tableau, d’une illustration ou d’une page de Bande Dessinée, peu d’individus ont la capacité de détacher mentalement la couleur du dessin. C’est pourquoi une manière de découvrir le travail des coloristes est de voir le dessin à partir duquel la couleur prend naissance. Si l’analyse de la traduction d’un poème n’apporte rien au poème, de même commenter ou tenter de théoriser la couleur de Bande Dessinée est inutile. Il revient simplement à chacune et chacun de découvrir ce que ses vibrations apportent à l’œuvre originale, mais aussi recouvrent, brouillent ou écrasent parfois.

Car la couleur est un art de funambule, et la justesse de son interprète est cruciale. Comme pour la musique, le théâtre… ou la traduction poétique. Cela sonne juste ou pas. Mais contrairement aux arts auxquels je la compare, une mise en couleur réussie ne doit pas se faire remarquer : c’est là tout son paradoxe !

Comme tout interprète, les coloristes éclairent, soulignent, affirment, allègent ou densifient une œuvre qu’ils n’ont pas créée. Ils s’engagent à servir un dessin, mais aussi – et surtout ! – un scénario. Embarquant dans des époques, des espaces et auprès de personnages qui, aussi éloignés soient-ils de leur propre imaginaire, exigent une compréhension, une attention et une patience à toute épreuve.

Cette exposition n’a d’autre intention que de lever le voile sur une pratique quasiment inconnue du grand public. Affiner son œil, s’exercer à devenir un lecteur sensible au langage de la couleur, voilà un bon moyen pour commencer à lui accorder la reconnaissance qui lui fait toujours défaut.

Isabelle Merlet

Du 14 au 16 octobre 2022 – Atrium / Salle des Sports de Bassillac.
Entrée libre le vendredi 14 octobre de 18h00 à 20h00.

Exposition conçue et réalisée par Isabelle Merlet.

Remerciements à l’Agence culturelle départementale Dordogne-Périgord et à David Fournol (association « Et si rien d’autre n’avait d’importance »).