Keko

Né en Espagne en 1963, Keko débute par des histoires courtes dans le magazine Madriz. Il publie en 1986 un premier album très remarqué : La Isla de los Perros (L’Ile aux chiens). Plusieurs autres livres ont suivi, seul ou en collaboration (Livingston contra Fumake avec Mique Beltran ; El Amor Duele avec Ramon de España). Keko travaille actuellement à l’adaptation d’un roman de Henry James et collabore régulièrement aux revues Nosotros Somos los Muertos et Exit Express.

Texte © L’An 2

Bibliographie sélective

Moi, Fou (Denoël, 2018) - avec Antonio Altarriba

Trad. de l’espagnol par Alexandra Carrasco. Illustrations de Keko

DAngel Molinos, docteur en psychologie et écrivain raté, basé à Vitoria comme le héros de Moi, assassin, travaille pour l’Observatoire des Troubles Mentaux (OTRAMENT), centre de recherche affilié aux Laboratoires Pfizin de Houston, qui suit l’évolution des maladies mentales et teste de nouvelles molécules sur des cobayes humains. Sa mission est d’identifier de nouveaux profils «pathologisables» afin d’aider Pfizin à élargir sa pharmacopée.

Les nuits d’Angel sont hantées de cauchemars. De retour dans son village natal, que des rumeurs d’homosexualité l’ont forcé à quitter à l’âge 16 ans, il retrouve son père atteint d’Alzheimer et renoue avec l’homme, devenu moine, qui l’a initié à l’homoérotisme. Il comprend que son métier est lié à ce trauma : il crée des catégories d’«anormalité mentale» pour se venger de l’étiquette homosexuelle qui a bouleversé sa vie. Rentré à Vitoria, il décide de rallier la cause d’un collègue qui prétend dénoncer les pratiques d’OTRAMENT. Mais le lanceur d’alerte a disparu, et Angel trouve devant sa porte la main coupée de ce dernier. Ses employeurs auraient-ils décidé de se débarrasser de lui? L’inventeur de fausses folies serait-il en train de devenir fou?

Cette histoire de Big Pharma découpant nos vies et nos psychés pour optimiser ses profits pourrait se dérouler partout, mais ses tonalités politiques ajoutent un volet au portrait sans fard de l’Espagne contemporaine qu’Altarriba trace de livre en livre. Et la mystérieuse ville basque de Vitoria, au centre de sa «Trilogie du Moi», devient pour lui ce que Dublin fut pour Joyce ou Providence pour Lovecraft, le lieu mythique d’où sourdent toutes les peurs, toutes les hantises qui habitent ses héros.

Moi, Assassin (Denoël, 2014) - avec Antonio Altarriba

Trad. de l’espagnol par Alexandra Carrasco. Illustrations de Keko

Enrique Rodríguez Ramírez est professeur d’Histoire de l’Art à l’université du Pays Basque (où Altarriba a enseigné la littérature française). À 53 ans, il est à l’apogée de sa carrière. Sur le point de devenir le chef de son champ de recherches, en proie aux rivalités académiques, il dirige un groupe d’étude intitulé : «Chair souffrante, la représentation du supplice dans la peinture occidentale.» Bruegel, Grünewald, Goya, Rops, Dix, Grosz, Ensor, Munch, Bacon sont ses compagnons de rêverie et la matière de son travail. Mais sa vraie passion, dans laquelle il s’investit à plein, est plus radicale : l’assassinat considéré comme un des Beaux-Arts.

La Protectrice (Éditions de l'An 2, 2012) - avec Antonio Altarriba

Kéko – déjà auteur à l’An 2 de l’album « Plein les yeux » – prolonge le chef-d’oeuvre fantastique d’Henry James « Le Tour d’écrou », paru en 1898, en exploitant toutes les ambiguïtés du roman.

Plein les yeux (Éditions de l'An 2, 2006)

Un polar déroutant signé par l’un des maîtres de la BD espagnole. Toute l’imagerie populaire des années 1950 se trouve ici recyclée ou détournée, plongeant le lecteur dans un bain visuel psychédélique.