José Muñoz

Photo ©-Michel-Lunardelli-Portrait-JM

Figure incontournable du dessin actuel, José Muñoz est né à Buenos Aires le 10 juillet 1942. Très jeune, il devient mordu de dessin et de bande dessinée. Il intègre alors, du haut de ses 12 ans, l’Ecole Panaméricaine d’Art, où il a pour professeurs Alberto Breccia et Hugo Pratt ! Parallèlement, il suit des cours de dessin, de sculpture et de peinture dans l’atelier de Humberto Cerantonio. Il débute dans la bande dessinée en tant qu’assistant de Francisco Solano López puis illustre des histoires écrites par Héctor Oesterheld pour les revues Hora Cero et Frontera. En 1963, il dessine Precinto 56, sur des textes d’Eugenio Zappietro pour la revue Misterix.

En 1972, il décide de quitter l’Argentine pour Londres — la nouvelle dictature militaire le déclare persona non grata deux ans plus tard. Il s’installe finalement à Milan.

En 1974, il fait la connaissance en Espagne de l’écrivain argentin Carlos Sampayo. C’est le début d’une très longue et fructueuse collaboration et d’une complicité amicale qui dure encore aujourd’hui. De cette collaboration naît, en 1975, la série mythique Alack Sinner, ce détective privé dont les aventures humaines, baignant dans le jazz, exposent les misères et la noblesse d’un New York si imaginaire qu’il en devient réel. Elle sera publiée d’abord en Italie dans Alterlinus, puis révélée en France dans Charlie Mensuel par Wolinski. Le récit sera publié en 1977 par les Éditions du Square.

Dès 1978, les deux auteurs rejoignent la revue (À suivre), dont ils deviennent des figures emblématiques. Outre plusieurs titres de la série Alack Sinner, on leur doit notamment Sophie (1980), Le Bar à Joe (1981), Tango y Milonga (portfolio, 1985), Jeux de lumières (1985), Sudor    Sudaca (1986), Histoires amicales du bar à Joe (1987), L’Europe en flammes (1988), Le Poète (1991), Billie Holiday (1993), Le livre (2004), Carlos Gardel (2008/2010), Alack (portfolio de dessins et textes, 2011).

En 1994, sur des scénarios de Jérôme Charyn, Muñoz dessine Le Croc du serpent (1995), puis Panna Maria (1996). En 1995, avec Paolo Bertella Farnetti, il réalise La Magolfa – une bande dessinée en couleurs sur le Milan des années 80 – et, en 2001, avec Daniel Picouly, Retour de flammes.

À partir de 1999, le dessinateur publie une série de recueils composés de textes et de dessins : Orillas de Buenos Aires (1999), Carnet Argentin (2000), Féminin pluriel (2002), Paris Parenthèses 1 et 2 (2004), La Pampa y Buenos Aires (2006), Encres (2012) et Faubourg Sentimental (2017), sur des textes d’Alejandro García Schnetzer

Il a en outre réalisé plusieurs affiches, des couvertures pour des livres et pour la presse.

Il a illustré Pirati de A. Conan Doyle, Les damnés de la Pampa de Manuel Prado, Las fieras cómplices de Horacio Quiroga, L’homme à l’affût de Julio Cortázar, Les Neuf Milliards de noms de Dieu d’Arthur C. Clarke, L’étranger et Le premier homme de Albert Camus…

On y retrouve son dessin puissant et poétique. Le maître du noir et blanc en bande dessinée arpente également les chemins de la couleur, au sein d’illustrations envoûtantes.

L’Argentin remporte, en 2007, le Grand prix de la ville d’Angoulême et préside l’année suivante le jury du festival.

Du 29 mai au 4 novembre 2024, plusieurs de ses œuvres sont exposées au Centre Pompidou, à Paris, dans le cadre de la grande exposition La BD à tous les étages.

Toujours actif sur différents projets, l’artiste garde toute l’audace qui fait sa force artistique.

Parce qu’il a profondément contribué, du point de vue stylistique autant que sur le plan du récit, à renouveler et, d’une certaine façon, à moderniser le genre, José Muñoz est considéré comme l’un des grands maîtres de la bande dessinée mondiale. Ses livres sont traduits dans une douzaine de langues.

José Muñoz vit et travaille à Milan.

Bibliographie sélective

Futuropolis, 2024

Nom : Milasewicz. Prénom : Sophie. Âge : 23 ans. Origine : juive polonaise. Profession : aucune. Goûts : la nudité, la sincérité, le feu, la spontanéité, la musique médiévale. Signes particuliers : utilise un langage superlatif. À l’habitude de se promener nue sous ses vêtements. Sophie est une jeune femme incendiaire, fumant cigarette sur cigarette. Elle vit avec intensité, déteste les faux-semblants, s’accouple avec qui elle a envie. Elle veut être libre et maîtresse d’elle-même. Surtout, elle pleure sur le sort de l’humanité.
Le destin de Sophie, jeune femme d’origine polonaise vivant aux États-Unis, exilée au Mexique, fait écho aux autres destins d’autres exilés qui ont fait le voyage inverse, et qui sont évoqués dans Sudor Sudaca.

José Muñoz se souvient de son quartier d’enfance, en Argentine, à Buenos Aires. C’est son berceau natal qu’il dessine, les rues et les habitants d’alors. Muñoz est habité par ses souvenirs, lui qui a fui son pays en 1972, âgé de 30 ans. La dictature a forcé son exil. Muñoz révèle ses souvenirs et donne un livre nostalgique, mélancolique et crépusculaire. Il a demandé à son jeune ami le poète argentin Alejandro García Schnetzer d’écrire des textes qui illustreraient ses dessins. Ainsi se dessine le portrait sensible d’un quartier modeste de Buenos Aires, qui prend vie par la force de ses encres. Des hommes, des femmes, des danseurs, des musiciens. Des corps de toutes dimensions et portant des costumes tendus. Des rues pavés, des balcons et des façades. Autant de personnages comme des masques qui habiteraient un décor…

Futuropolis, 2017
Casterman, 2022
Publication originale 1991

Née à Baltimore en 1915, disparue à New York en 1959, Billie Holiday est devenue une chanteuse de jazz mythique. Parce qu’aujourd’hui encore sa voix réussit à toucher de nombreuses personnes, un journaliste part sur les traces de cette artiste pour le compte d’un quotidien new-yorkais. Au-delà des scandales publics qui ont entaché la vie de la star (alcool, drogue, violence…), il cherchera à restaurer la vérité, en investissant la mémoire de Billie.

À la lueur de cette enquête, Muñoz et Sampayo retracent, sur fond de racisme et dans le sillage du blues, la lente dérive d’une chanteuse qui exprima la fêlure la plus profonde du jazz.

Privé newyorkais inspiré des archétypes de l’âge d’or du roman et du film noir américain, Alack Sinner transcende ces influences pour toucher au cœur de l’humain. L’expérience de l’exil de Munoz et Sampayo a donné naissance à une série au long cours (près de 30 ans !), dans laquelle le héros vieillit (fait très rare en BD). Enquêtes et filatures sont l’occasion de présenter tout un microcosme social, entre code de conduite et corruption, déracinement et amour.

Une œuvre fleuve et chorale, qui a inspirée de nombreux auteurs du 9e Art à travers le monde.

Intégrale : Casterman, 2021-2023
Publication originale : 1977-2011
Casterman, 2020
Publication originale 1964-1965

La série 56e district (Precinto 56 en VO) est parue en 1964-1965 dans l’hebdomadaire argentin Misterix. Bande dessinée noire mettant en scène le détective Zero Galvan, elle se nourrie notamment des romans de Dashiell Hammett et Raymond Chandler, ainsi que du cinéma noir hollywoodien. José Munoz, alors âgé de 22 ans, collabore avec Ray Collins, pseudonyme d’Eugenio Zappietro qui, parallèlement à son activité de scénariste, exerce le métier de commissaire de police. À ce jour, Precinto 56 n’a jamais été traduit et n’a fait l’objet d’aucune publication en volume. On y découvre les débuts d’un jeune dessinateur qui apprend son métier, mais témoigne déjà d’audaces remarquables, préfigurant les bandes dessinées qu’il signera plus tard avec Carlos Sampayo et notamment leur chef d’oeuvre:Alack Sinner.

Principaux prix et récompenses

1978 : Angoulême (France) – Meilleure œuvre étrangère

1983 : Lucca (Italie) – Prix Yellow Kid Meilleur dessin

1983 : Angoulême (France) – Meilleur album

1994 : San Diego (USA) – Meilleure œuvre étrangère

2002 : Erlangen (Allemagne) – Prix Max und Moritz

2007 : Angoulême (France) – Grand Prix de la Ville d’Angoulême

2017 : Lucca (Italie) – Premio Yellow Kid al maestro del fumetto

2022 : Buenos Aires (Argentine) – Premio Konex de Platino Humor e Historieta.

Principales expositions

Argentine : Centro Cultural La Recoleta (1993) et Palais de Glace (2015) de Buenos Aires.

Belgique : Tweebronner de Louvain (2007) et Musée d’Art Moderne de Charleroi (2003).

France : Hôtel Saint-Simon à Angoulême (1996), École Estienne de Paris (2003) et CNBDI d’Angoulême (2008).

Italie : Castel Sant’Elmo de Napoli (2001), Musée d’Art Moderne Ca’ Pesaro de Venezia (2010) et Musée Archéologique de Bologna (2011).

Portugal : Museu da Cidade de Lisboa (1994).

Espagne : Gijón, Semana negra (2014).

Suisse : Cartoonmuseum de Bâle (2026).

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