Sole Otero

Sole Otero est née en 1985 à Buenos Aires où elle se forme à la bande dessinée et au design textile. Elle arrive en France en 2017 à la faveur d’une résidence à Angoulême, ville qu’elle ne quitte que pour aller se ressourcer dans sa maison de famille en Patagonie. Son premier album, Intense paraît en France en 2021 (Presque Lune), mais c’est avec le suivant, Naphtaline (Çà et Là) prix du public à Angoulême en 2023 qu’elle est véritablement identifiée comme une des grandes artistes de sa génération. Le succès est à nouveau au rendez-vous avec son dernier album, Walicho (Çà et Là), paru à l’automne 2024 et salué tant par la presse que les libraires. Elle rejoint le catalogue Casterman en 2025 avec sa première série jeunesse, L’Île des mythes.

Texte et photo © Éditions Casterman

Bibliographie sélective

Des sorcières super pop dans un monde plein de références aux mythes de l’enfance.

Tous les cinq ans, sur l’Île des Mythes, la reine Dumésa organise « le Grand Tournoi », pour déterminer le ou la meilleur.e magicien.ne qui rejoindra les précédents gagnants sur l’Île Céleste, d’où ils défendent la communauté contre les attaques des pouvoirs maléfiques. Pour le lauréat, aucun retour possible mais en compensation, sa famille se voit remettre une larme de licorne aux pouvoirs infinis.

Isia, bien que piètre sorcière, est décidée à s’inscrire afin de permettre à son père de recouvrer la vue. Alors que le tournoi approche, elle fait la rencontre de Sora, une puissante magicienne qui l’aide à se préparer aux épreuves. Le grand jour arrive, Isia et Sora font bloc pour affronter les difficultés, réussiront-elles à se qualifier pour la deuxième manche…?

Éditions Casterman, 2025-2026
Éditions Çà et Là, 2025

Walicho :
En langue mapuche, être qui personnifie tous les maux et les malheurs.
En créole et en espagnol, diable, Satan, force du mal.
En argentin, maléfice ou sortilège réalisé par la magie noire ou apparentée.

Traversant près de trois siècles d’Histoire de l’Argentine, entre 1740 et aujourd’hui, Walicho est un conte choral surprenant dans lequel différentes histoires a priori disparates – de la première, consacrée à trois sœurs étranges qui arrivent à Buenos Aires sur un navire colonial accompagnées d’un bouc décrépit à la fin du XVIIIe siècle, jusqu’au récit des mésaventures amoureuses d’une jeune argentine d’aujourd’hui – finissent par former, une fois rassemblées, une grande fresque mêlant horreur et comédie, animisme, pouvoirs féminins et sorcellerie.

L’histoire de ce mystérieux trio qui traverse le temps sans vieillir, visiblement doté de pouvoirs magiques, et de leur famille d’enfants adoptés se dévoile au fil de ces récits où l’on voit les trois sorcières avoir directement ou indirectement un impact important sur la vie de nombreuses personnes. Après Naphtaline (prix du public Angoulême 2023), Sole Otero confirme avec Walicho qu’elle est l’une des autrices les plus importantes de la scène latino-américaine.

Nous sommes en 2001 et l’Argentine est plongée dans une grave crise politique et économique. Rocío, une jeune fille de dix-neuf ans, emménage dans l’ancienne maison de sa grand-mère Vilma, peu de temps après les funérailles de cette dernière. Dans cet environnement marqué par l’absence, Rocio se remémore la vie de Vilma, une histoire teintée de tragédie qui commence dans les années 1920 en Italie. Les parents de Vilma fuient le pays peu après sa naissance, au moment de l’accession au pouvoir de Mussolini. Arrivés en Argentine sans le sou, ils ne peuvent financer les études de Vilma. Celle-ci doit alors quitter l’école, puis est mariée de force à un voisin après être tombée enceinte et avoir été abandonnée par l’homme avec lequel elle pensait faire sa vie. L’histoire de Vilma dans cette société patriarcale sera une longue suite de désenchantements et de sacrifices, qui la rendront progressivement acariâtre. Vilma terminera sa vie seule, ayant coupé les ponts avec la plupart des membres de sa famille, à l’exception de Rocio. La jeune fille, qui se pose énormément de questions sur son avenir, va tenter de tirer des leçons de cette tragédie familiale.

Ambitieux, ample, fourmillant de nombreuses trouvailles narratives et graphiques, Naphtaline est en partie inspiré de l’histoire de la famille de Sole Otero. La narration sur plusieurs époques, l’inventivité du découpage et de la mise en scène, les jeux sur les couleurs, font de ce roman graphique une jolie découverte et de Sole Otero une autrice promise à un bel avenir.

Éditions Çà et Là, 2022

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